Pragmatic abilities in multilingualism

Ce projet spécifique est une partie d'un projet coopératif européen, AThEME (Advancing The European Multi Lingual Experience, European Union's 7th Framework Program for research, technological development and demonstration, Grant Agreement n° 613465), où L2C2 est coordinateur pour la Tâche 5.3 (Capacités pragmatiques). On trouve dans la Communication implicite un certain nombre de phénomènes bien décrits, comme les implicatures conversationelles (e.g., "Le pianiste a joué quelques sonates de Mozart"), et les présuppositions (e.g. "Jean a cessé de boire"), où, en plus de ce qui est explicitement communiqué, l'énoncé communique aussi un contenu implicite (respectivement: [Le pianiste n'a pas joué toutes les sonates de Mozart], [Jean buvait]). Les implicatures et les présuppositions sont liées à des "déclencheurs" lexicaux spécifiques, ici, respectivement quelques, et cesser. Une question évidente est comment ce contenu implicite est récupéré et le rôle que le contexte joue dans ce processus. Qui plus est, l'interaction entre les déclencheurs lexicaux et l'information contextuelle, qui est typique de la communication implicite, devrait être particulièrement intéressante à étudier dans les situations de bilinguisme ou d'apprentissage L2, où les différentes langues peuvent s'influencer mutuellement par transfert.

Implicatures conversationnelles: Les implicatures conversationnelles, et plus specifiquement les implicatures scalaires (voir l'exemple ci-dessus) ont fait l'objet d'un nombre important de travaux expérimentaux durant les vingt dernières années. Bien que les implicatures scalaires aient été largement étudiées chez les sujets monolingues, il n'y a qu'une étude sur les apprenants L2 et deux études sur les bilingues précoces. Les études existantes semblent montrer que les apprenants L2 à des niveaux intermédiaire et avancé ainsi que les enfants bilingues produisent davantage d'interprétations pragmatiques que les monolingues. Nous avons l'intention de répliquer ces études, auprès d'adultes apprenants L2 (étudiants) et de bilingues précoces (enfants). Nous allons aussi essayer de vérifier si les enfants (bilingues ou monolingues) et les apprenants L2 utilisent le même mécanisme que les adultes monolingues ou s'ils utilisent plutôt des mécanismes basés sur la théorie de l'esprit (Gricéens), à partir de mesures comportementales.

Présuppositions: De nouveau les déclencheurs de présupposition sont supposés fonctionner à partir de leur signification sémantique, et, donc, on s'attend à ce que des déclencheurs de présupposition similaires suscitent les mêmes effets présuppositionels au travers des langues. Des résultats préliminaires suggèrent que la situation est un peu plus compliquée, et nous allons étudier ces différences entre langues, en utilisant des mesures comportementales, de l'eye-tracking et de l'EEG, parmi à la fois des apprenants L2 et des bilingues précoces, et examiner deux phénomènes différents : les présuppositions impliquées et la projection. Qui plus est, nous allons tester si la présuppositions des mots de fonction (e.g. les déterminants), qui est jusqu'à un certain point arbitraire (et peut donc être spécifique à une langue), sont plus difficile à acquérir pour des apprenants L2 et des bilingues que ne le sont les présuppositions de mots qui ne sont pas des mots de fonction (e.g. les verbes) et qui sont motivées par la signification sémantique du mot (et peuvent donc être des universaux linguistiques), en utilisant des méthodes comportementales. 

Anne Reboul
Directrice de recherche